Parachat Houkat — Nourrir ses animaux avant de manger soi-même
Question
Dans la Parasha de cette semaine, la Parasha de 'Houkat (année 5786 — selon la lecture en Erets Israël), il est écrit qu’après le décès de Myriam la prophétesse, il n’y avait plus d’eau potable pour le peuple, car le puits existait par le mérite de Myriam ; le peuple eut soif et demanda de l’eau. Alors Hashem dit à Moché :
(7) "וַיְדַבֵּר ה' אֶל מֹשֶׁה לֵּאמֹר" — « Hashem parla à Moché en disant ». (8) "קַח אֶת הַמַּטֶּה וְהַקְהֵל אֶת הָעֵדָה אַתָּה וְאַהֲרֹן אָחִיךָ וְדִבַּרְתֶּם אֶל הַסֶּלַע לְעֵינֵיהֶם וְנָתַן מֵימָיו וְהוֹצֵאתָ לָהֶם מַיִם מִן הַסֶּלַע וְהִשְׁקִיתָ אֶת הָעֵדָה וְאֶת בְּעִירָם" — « Prends le bâton et rassemble l’assemblée, toi et Aharon ton frère ; vous parlerez au rocher sous leurs yeux, et il donnera ses eaux. Tu feras sortir pour eux de l’eau du rocher, et tu abreuveras l’assemblée et leur bétail ».
La question :
Dans le verset, il est écrit que l’assemblée boira d’abord, et seulement ensuite les petit et gros bétails. A priori, ne devrait-ce pas être l’inverse ? En effet, on apprend du verset : "ונתתי עשב בשדך לבהמתך ואכלת ושבעת" — « Je donnerai de l’herbe dans ton champ pour ton bétail, et tu mangeras et seras rassasié » — qu’avant de s’asseoir pour manger, il faut d’abord nourrir les bêtes, comme il est expliqué dans le traité Berakhot, page 40 :
Car Rav Yehouda a dit au nom de Rav : il est interdit à un homme de manger avant d’avoir donné de la nourriture à sa bête, comme il est dit : "ונתתי עשב בשדך לבהמתך" — « Je donnerai de l’herbe dans ton champ pour ton bétail », puis seulement ensuite : "ואכלת ושבעת" — « et tu mangeras et seras rassasié ».
Réponse
En effet, ce sujet fait l’objet d’une grande discussion parmi les Décisionnaires, et, avec l’aide de D.ieu, nous allons expliquer la souguia (sujet).
Il faut d’abord savoir que l’on peut poser une question semblable au sujet d’Éliézer et de Rivka, car il est écrit là-bas :
Bereshit, chapitre 24, verset 19
"וַתְּכַל לְהַשְׁקֹתוֹ וַתֹּאמֶר גַּם לִגְמַלֶּיךָ אֶשְׁאָב עַד אִם כִּלּוּ לִשְׁתֹּת" — « Lorsqu’elle eut fini de lui donner à boire, elle dit : Je puiserai aussi pour tes chameaux, jusqu’à ce qu’ils aient fini de boire ».
Il est écrit qu’elle donna d’abord à boire à Éliézer, et seulement ensuite elle donna à boire aux chameaux ?
L’explication du Or Ha’Haïm Hakadosh :
Le Or Ha’Haïm, au sujet d’Éliézer et Rivka, ainsi qu’au sujet des eaux de Mériva, écrit qu’en réalité, de manière générale, une personne doit d’abord donner à boire à ses bêtes, et seulement ensuite boire elle-même. Et dans ces deux endroits où l’ordre a été modifié, c’était en raison d’un danger : pour Éliézer, qui arrivait de voyage et avait très soif ; de même pour le peuple d’Israël, qui pouvait mourir de soif.
Cela est également perceptible dans ce qui est écrit au sujet de Rivka : "ותכל להשקותו" — « elle termina de lui donner à boire ». Le Or Ha’Haïm demande : pourquoi l’a-t-elle empêché de continuer à boire, au lieu d’attendre qu’il termine ? En fait, c’est qu’elle lui donna d’abord à boire car qu’il était en situation de danger, et il pouvait donc boire avant les chameaux. Mais lorsqu’elle estima qu’Éliézer n’était plus en danger, alors "ותכל להשקותו" — « elle termina de lui donner à boire », afin que désormais les chameaux passent avant lui.
On voit des paroles du Or Ha’Haïm qu’il n’y a pas de différence entre manger et boire : dans les deux cas, on doit donner d’abord aux bêtes, sauf en situation de danger, où l’homme passe avant.
En pratique, toutefois, la Halakha n’est pas tranchée ainsi. Le Michna Broura, siman 167, paragraphe 6, écrit :
(40) « Nourriture pour l’animal — cela fait aussi partie des sujets liés au repas, car il est interdit de goûter avant d’avoir donné à son animal. Le Maguen Avraham écrit au nom du Sefer ‘Hassidim qu’en ce qui concerne la boisson, l’homme passe avant l’animal, comme il est écrit au sujet de Rivka, qui dit au serviteur : “Bois, et j’abreuverai aussi tes chameaux” ».
Nous voyons donc que, selon la Halakha, on apprend précisément de Rivka qu’il existe une distinction entre boire et manger, et qu’en ce qui concerne la boisson, il est permis à l’homme de boire avant les bêtes.
Deux questions se posent :
A. Pourquoi y aurait-il une différence entre manger et boire ?
B. De plus, selon le Or Ha’Haïm mentionné plus haut, il semble qu’il n’y ait pas de preuve du récit de Rivka, puisqu’elle l’a arrêté pour donner à boire aux chameaux, comme expliqué précédemment ?
Commençons, avec l’aide de D.ieu, par expliquer la différence entre manger et boire.
Dans le responsa Har Tsvi (tome 1, réponse 90), il y donne deux raisons :
(1) On peut dire que la souffrance liée à la la soif est plus difficile ; c’est pourquoi, en cas de soif, il n’est pas tenu de faire passer l’animal avant lui.
(2) ... la raison est que, lorsqu’il mange, son repas va durer et il risque d’oublier que son animal n’a pas encore mangé. De même que nous trouvons, au sujet de l’interdiction de manger avant la prière, une distinction entre manger et boire — boire de l’eau avant la prière n’est pas interdit — il en va de même pour l’animal : c’est précisément pour la nourriture qu’il est tenu de le faire passer avant, de peur d’oublier ; en revanche, pour la boisson, il n’y a pas lieu de craindre l’oubli, et il est donc permis de boire avant l’animal.
Il existe encore une explication très intéressante dans le livre Yad Éfraïm (167) : c’est seulement pour la nourriture qu’il faut faire passer la bête en premier, car il se peut que toute la nourriture nous soit octroyée par le mérite des bêtes, comme il est expliqué dans le Midrash de la paracha de Émor, dans l’épisode avec Alexandre, où il est écrit :
"אדם ובהמה תושיע ה'" (Téhilim 36, 7) — « L’homme et la bête, Tu les sauves, Hashem ».
Parfois, l’homme n’a pas de mérites, et il mange par le mérite des bêtes ; puisqu’il mange par le mérite de la bête, il convient donc de la faire passer d’abord.
Cela ressort aussi du verset, qui est la source de l’obligation de faire passer l’animal avant l’homme : "ואספת דגנך ואכלת ושבעת" — « Tu recueilleras ton grain, tu mangeras et tu seras rassasié », que la Guemara dans Berakhot explique comme parlant d’un contexte où l’on ne fait pas la volonté du Créateur comme il se doit (sinon, son travail aurait dû être accompli par d’autres).
Tout cela concerne la nourriture. Mais en ce qui concerne la boisson, qui est disponible dans le monde sans dire qu’elle vient par le mérite des bêtes, il n’est donc pas nécessaire de les faire passer avant.
Quant au fait que le Or Ha’Haïm semble avoir repoussé la preuve de Rivka, on peut dire que le Sefer ‘Hassidim comprend "ותכל להשקותו" — « elle finit de lui donner à boire » — selon l’autre explication du Or Ha’Haïm (ibid) : ce n’était pas parce qu’il fallait d’abord donner à boire aux chameaux, mais parce qu’Éliézer venait de loin et avait soif ; dans sa situation, il aurait été dangereux pour lui de boire beaucoup d’un seul coup. C’est pourquoi il est dit "ותכל להשקותו" — « elle arrêta de lui donner à boire », afin qu’il n’en vienne pas à se mettre en danger.
Halakha Le’Maaseh – En pratique :
À partir de ce que nous avons appris concernant l’obligation de nourrir les bêtes en premier lieu, nous avons demandé à notre maître, le Gaon Rav Amram Fried Shlita :
A. Est-ce seulement lors d’un repas, ou bien pour toutes sortes d’aliments, par exemple les mets dont la bnédiction est Mézonot ?
B. Si une personne a voyagé à l'étranger et a oublié de mettre à disposition de la nourriture à ses bêtes, dans quelle mesure est-elle tenue de se donner de la peine de payer quelqu'un qui nourrisse ses bêtes ?
Réponse du Rav Shlita :
A. Tous les types d’aliments sont interdits ; seule la boisson est permise.
B. Même lorsqu’une personne n’est pas chez elle, il lui est interdit de manger avant d’avoir nourri sa bête, comme cela est expliqué dans les responsa Chéélat Yaavets, tome 1, fin du siman 17 ; même si cela implique un effort conséquent. Cependant, si cela entraîne une dépense financière importante, elle n’y est pas tenue.
Voici les termes du Yaavets mentionné :
Vois dans la Guemara à la fin de Guitin : il y a ici une double nouveauté à ce sujet. Il en ressort que même quelqu’un qui n’est pas chez lui n’a pas le droit de goûter quoi que ce soit avant d’avoir d’abord donné à son animal. Par conséquent, celui qui possède une bête ne peut rien goûter dans une autre maison tant qu’il ne lui a pas auparavant fourni sa nourriture en son temps. Et cette chose a échappé au Taz, comme je l’ai écrit à sa place dans mon ouvrage, avec l’aide du Ciel.
Au nom de toute l’équipe du site Sheilot, nous vous souhaitons un Shabbat Shalom Oumevorakh.