La bénédiction « Qui accomplit l’œuvre de la Création » au milieu de la prière et de l’étude | Demandez au rabbin en ligne - Site SHEILOT

La bénédiction « Qui accomplit l’œuvre de la Création » au milieu de la prière et de l’étude

Sujets de l’article

Quelle est la halakha si l’on voit des éclairs ou que l’on entend le tonnerre au milieu de la prière : pendant les Psouké deZimra, les bénédictions du Kriat Chéma, le Kriat Chéma lui-même, ou la prière de la Amida ? Dans quelles parties de la prière interrompt-on sa prière afin de réciter la bénédiction, et dans quelles parties ne s’interrompt-on pas ? Que doit faire une personne qui voit un éclair ou entend le tonnerre au milieu du Birkat Hamazon ? Et comment doit-elle se comporter si l’orage a commencé après qu’elle a récité la bénédiction de Hamapil avant de dormir ?

Récite-t-on les bénédictions sur les éclairs et le tonnerre au milieu de la prière ?

Une personne qui se trouve au milieu de la prière doit-elle interrompre sa prière afin de réciter la bénédiction sur les éclairs et le tonnerre, ou peut-être ne faut-il pas s’interrompre au milieu de la prière pour cela ? La halakha tranche que depuis Baroukh Chéamar, au début des Psouké deZimra, jusqu’à la fin de la Amida, on ne doit pas s’interrompre pour d’autres choses ; la question se pose donc de savoir s’il est permis de s’interrompre afin de réciter une bénédiction sur l’éclair et le tonnerre.

Réponse : Cela dépend de la partie de la prière où se trouve la personne. Si elle se trouve dans les Psouké deZimra, même au milieu d’un chapitre, elle s’interrompt et récite immédiatement la bénédiction. Toutefois, si elle se trouve dans le Kriat Chéma ou ses bénédictions, elle ne s’interrompra qu’entre les sections, c’est-à-dire entre une bénédiction et une autre, ou à la fin d’un paragraphe du Kriat Chéma. Mais à Cha’harit, entre Ga’al Israël et la prière de la Amida, il ne faut pas s’interrompre. [Entre la première bénédiction et la seconde, entre la seconde et « Chéma », entre « Chéma » et « Véhaya im chamoa », entre « Véhaya » et « Vayomer », et dans la prière d’Arvit entre Ga’al Israël et Hachkivénou, ou entre Hachkivénou et la prière de la Amida.] Dans la prière de la Amida, il ne faut pas s’interrompre du tout.

L’explication est la suivante : il existe des endroits dans la prière où l’on a permis de saluer en premier une personne que l’on est tenu d’honorer, et il existe des endroits où l’on a permis de saluer en premier par crainte, c’est-à-dire de saluer une personne que l’on craint. Il peut s’agir d’une personne envers laquelle, selon la halakha, on est tenu d’avoir crainte et respect, comme son père, son maître, une personne plus grande que soi en sagesse, ou un roi [même s’il s’agit de personnes droites et honnêtes qui ne lui feraient rien s’il ne leur demandait pas de leurs nouvelles parce qu’il était occupé à prier], ou encore d’une personne que l’on salue en premier parce qu’elle est violente, et que l’on craint que si l’on ne prend pas de ses nouvelles, elle ne lui nuise. La halakha tranche (Choulhan Aroukh, Ora’h ‘Haïm 51:5 ; 66:1) qu’au milieu d’un psaume des Psouké deZimra, ou au milieu d’une bénédiction parmi les bénédictions du Kriat Chéma, ou au milieu d’un paragraphe du Kriat Chéma, il ne faut pas s’interrompre ; toutefois, il est permis de saluer en premier par crainte. [Ces lois ont été énoncées selon le strict principe de la loi. Cependant, en pratique, de nos jours, on ne s’interrompt pas du tout pour demander des nouvelles de son prochain au milieu de la prière, car les personnes que nous sommes tenus d’honorer et de craindre renoncent à cela et n’y tiennent pas rigueur (Michna Broura 66:2).]

La Michna Broura (66:19) écrit que là où il est permis de demander des nouvelles d’un être de chair et de sang, il est certainement permis de « saluer » en premier le Créateur du monde ; par conséquent, si l’occasion de réciter la bénédiction sur les éclairs ou le tonnerre se présente à lui, il a l’obligation de s’interrompre et de réciter la bénédiction. Cependant, la Michna Broura rapporte que le Tevouot Chor, l’Éliyah Rabba, le ‘Hayé Adam et d’autres décisionnaires plus récents contestent ce raisonnement et estiment qu’au milieu d’une section du Kriat Chéma et de ses bénédictions, puisqu’il est occupé à la louange du Maître du monde, il n’y a pas lieu de passer à une autre louange du Maître du monde ; et il n’y a pas là d’atteinte à l’honneur du Maître du monde s’il ne s’occupe pas de cette louange précise, puisqu’il est occupé à une autre louange.

Cependant, il semble que tout cela ne concerne précisément que le milieu d’une bénédiction ou d’un paragraphe du Kriat Chéma, où il est interdit de s’interrompre pour toute parole de sainteté, par exemple répondre amen à la bénédiction d’un autre, à l’exception de « amen, yéhé chmé rabba » dans le Kaddich, de la Kedoucha, de Modim et de Barekhou, qui sont des louanges plus importantes. Dans ce contexte, il y a lieu de discuter si, lorsqu’une personne a l’obligation de s’occuper de la louange de l’œuvre de la Création, elle doit s’interrompre et s’en occuper ou non. Mais au milieu d’un psaume des Psouké deZimra, où l’on s’interrompt pour toute louange du Créateur et où l’on répond aussi amen à la bénédiction d’un autre, il est évident qu’elle doit réciter la bénédiction sur l’éclair ou le tonnerre, puisqu’elle est devenue tenue de louer le Créateur en voyant et en entendant ce phénomène naturel. (D’après Azmera Lichmekha, bulletin 79.)

Récite-t-on la bénédiction sur l’éclair et le tonnerre après la bénédiction de « Hamapil » ?

Une autre question se pose : une personne s’est préparée à dormir, a récité la bénédiction de Hamapil, puis a vu un éclair ou entendu le tonnerre. Doit-elle réciter maintenant la bénédiction, ou, puisqu’il ne faut pas parler entre la bénédiction de Hamapil et l’endormissement, ne doit-elle pas la réciter ?

Réponse : Il ne faut pas réciter la bénédiction ; toutefois, celui qui la récite a sur qui s’appuyer. En pratique, le Rama (Ora’h ‘Haïm 239:1) écrit qu’il est interdit de parler après le Kriat Chéma, et il en apporte une allusion à partir du verset (Téhilim 4:5) : « אמרו בלבבכם על משכבכם ודומו סלה » — « Parlez en votre cœur sur vos couches, et gardez le silence, Sélah ». On apprend du verset qu’après la récitation faite sur le lit, il faut se taire. La question se pose de savoir si cela n’est qu’une conduite souhaitable a priori, ou peut-être une interdiction absolue, car il a récité sur le sommeil la bénédiction de Hamapil ; s’il parle, il s’avère qu’il interrompt entre la bénédiction de Hamapil et le sommeil, et la bénédiction serait alors vaine, de même que si une personne s’interrompt entre une bénédiction et la consommation d’un aliment, elle ne s’est pas acquittée de son obligation et la bénédiction est vaine.

Le Biour Halakha (239:1, s.v. « samoukh ») rapporte l’opinion du ‘Hayé Adam selon laquelle il n’y a pas de crainte de bénédiction vaine dans la bénédiction de Hamapil, car la bénédiction ne porte pas sur le sommeil personnel de celui qui la récite et qui s’apprête à dormir, mais constitue une bénédiction générale sur le sommeil qui rafraîchit et renouvelle l’homme. Le moment de la bénédiction est la nuit avant le sommeil ; toutefois, même s’il ne s’endort pas, ce n’est pas une bénédiction vaine, puisqu’il a remercié le Créateur pour l’existence du sommeil dans le monde, qui donne à l’homme la force de se rafraîchir et de se renouveler. Cependant, le Biour Halakha conteste cela, car la formulation de la bénédiction est : « Qui fait tomber les liens du sommeil sur mes yeux », ce qui implique qu’il s’agit d’une bénédiction sur le sommeil personnel qui est sur le point de tomber sur celui qui la récite. Par conséquent, s’il s’interrompt entre les deux, ce sera une bénédiction vaine.

Ainsi, lorsqu’une mitsva passagère se présente à une personne après la bénédiction de Hamapil, et que si elle ne l’accomplit pas immédiatement elle ne pourra plus l’accomplir, comme la bénédiction de Acher Yatsar ou une bénédiction sur un éclair ou le tonnerre, selon le ‘Hayé Adam, puisque le fait de ne pas parler n’est qu’une conduite a priori, dans ce cas où elle perdra la mitsva, elle doit réciter la bénédiction ou accomplir la mitsva, bien qu’elle interrompe entre la bénédiction de Hamapil et le sommeil.  Mais selon le Biour Halakha, puisque si elle récite la bénédiction elle fera que la bénédiction de Hamapil devienne une bénédiction vaine, elle ne doit pas réciter la bénédiction et provoquer ainsi qu’une autre bénédiction soit vaine. C’est comme une personne qui a vu un éclair entre la bénédiction de Hamotsi et la consommation du pain : elle ne récite pas la bénédiction, même si par la suite elle ne pourra plus réciter la bénédiction sur cet éclair.

Par conséquent, en pratique halakhique, il ne faut pas réciter la bénédiction ; toutefois, celui qui la récite a sur qui s’appuyer. (Azmera Lichmekha, bulletin 79.)

S’interrompt-on au milieu du Birkat Hamazon pour réciter la bénédiction sur les éclairs et le tonnerre ?

Une personne qui a vu un éclair ou entendu le tonnerre au milieu du Birkat Hamazon doit-elle s’interrompre et réciter la bénédiction ? Et y a-t-il une différence entre les bénédictions au sein du Birkat Hamazon ?

Réponse : Il ne faut absolument pas s’interrompre dans le Birkat Hamazon, en quelque endroit que ce soit de la bénédiction, jusqu’à « al ye’hasrénou ». Cependant, après « al ye’hasrénou », lors de la récitation de Harahaman, qui constitue des demandes après la bénédiction et ne fait pas partie du Birkat Hamazon, il faut s’interrompre et réciter la bénédiction.

La raison en est que le Choulhan Aroukh a tranché (Ora’h ‘Haïm 183:8) qu’il ne faut ni demander ni répondre au milieu du Birkat Hamazon, que ce soit par crainte ou par honneur, car son statut est celui de la prière de la Amida. Il ressort de là que, concernant les lois des interruptions, son statut est en tout point celui de la Amida ; par conséquent, même pour la bénédiction sur les éclairs et le tonnerre, il est interdit de s’interrompre. Le Kaf Ha’haïm (183:45) écrit de même qu’il est clair des paroles du Choulhan Aroukh qu’en ce qui concerne les paroles de sainteté, son statut est celui de la Amida, dans laquelle il ne faut s’interrompre pour rien. Toutefois, le ‘Hazon Ich (Ora’h ‘Haïm 28:3) a émis un doute quant à savoir si, pour répondre aux paroles de sainteté, son statut est celui de la Amida. Cependant, en pratique halakhique, il ne faut pas s’interrompre. (Azmera Lichmekha, bulletin 80.)

Faut-il s’interrompre au milieu de l’étude pour la bénédiction sur les éclairs et le tonnerre ?

La question se pose de savoir s’il faut s’interrompre au milieu de l’étude pour la bénédiction sur les éclairs et le tonnerre.

Réponse : Puisqu’il y a une obligation de réciter ces bénédictions, comme l’écrit la Michna Broura (223:7), et que, d’autre part, il faut réciter la bénédiction immédiatement, dans les 2 à 3 secondes après avoir vu le premier éclair ou entendu le premier tonnerre, car s’il attend il perdra la bénédiction sur cet éclair ou ce tonnerre (Noda BiYehouda, première édition, Ora’h ‘Haïm 41 ; Michna Broura 227:12), il doit donc interrompre son étude, comme il est expliqué dans la Guemara (Moèd Katan 9b), qu’une personne est tenue d’interrompre son étude pour toute mitsva passagère [si elle doit l’accomplir maintenant et ne pourra pas l’accomplir après son étude]. (Azmera Lichmekha, bulletin 79.)

Source

Choulhan Aroukh (Ora’h ‘Haïm 227 ; 66) ; Azmera Lichmekha (bulletins 79–80).